A l'époque, le matin claquait jusqu'aux banquettes arrières du 64 à écouter les Subways bien trop fort en scrutant à travers la vitre quand on passait devant le parc de Bercy; des mois plus tard, toujours le matin, de la fumée flottait dans l'air du parc, à lire l'Amour sur un mur cassé en attendant son train qui n'arriverait pas avant plusieurs longues heures.
Ca claquait ça fumait toujours, retour quelques mois auparavant, sur un quai indéfini de la ligne 6, un sourire béat et du You talk (Babyshambles) parce qu'elles réussissaient. A transformer du fade en transcendant. Quelques heures plus tard il fouillait dans mon sac et quelques mois plus tard je sus que mon sourire béat avait tout déclenché.
Encore avant, ça ne claquait plus parce que l'herbe des champs amortit les sons superficiels, la guitare le trépied ne pesaient rien si ce n'est le poids euphorisant d'une folle sensation de liberté. Deux saisons plus tard, il faisait trop froid pour longer les bois; un vélo et un téléphone d'un autre siècle ont fait l'affaire, rouler, rouler et chanter I'm outta time (Oasis) pour le plaisir de sentir la fumée fendre l'air; à cent kilomètres, il n'aurait pas pu m'entendre. Et le grenier craquait toujours autant mais le combiné dans la main fit varier le sujet des craintes.
Gare Montparnasse d'un jour à l'autre, le seul marquant fut celui du grand Retour, du grand début, celui sans peut-être ou on verra; personnellement j'avais déjà vu bien loin. Un mois après retour au parc où tous les crépuscules laissent un souvenir impérissable; celui là n'a pas échappé à la règle, revenant chaque jour à l'esprit comme un subtil avertissement laissant deviner que tu vois Faustine, pourquoi il n'y aurait que toi qui aurait le privilège de faire souffrir les autres ? comme l'image brouillée d'une rue trop sombre, de phrases accumulées, d'une sensation délicieusement apocalyptique (je pèse mes mots) et d'un vélo qui tanguait, un peu trop vite tout de même, et de mots plaqués ça et là toute la nuit; dès lors j'ai vraiment commencé à aimer Aragon.
Trois mois plus tard, et tous les jours, près des grilles je sens sa présence, je l'attends. Quand il faisait encore jour, il était toujours là à m'appeler de sous les sapins; à en regretter une époque aussi détestable que l'été. Dans mon hall la veille d'un oral oui. Quelques jours plus tard j'ai sorti mon vélo pour la première fois depuis des années; une grande occasion. J'ai néanmoins trouvé le moyen de refuser ce qui se trouve à mon poignet; effrayantes ces étoiles quand le jour s'en va trop tard.
Les six semaines suivantes consistèrent à lire des livres très tristes, à s'asseoir près de la mer pour constater chaque soir que ma chanson préférée était bien trop fatidiquement réaliste, à se tuer les mains sur les rochers à chaque mot redouté et finalement prononcé, à être témoin d'un bonheur non réciproque quelques centaines de kilomètres plus loin. Et parfois marcher, marcher jusqu'à ce que la pénombre complète me fasse perdre la route, le portable éteint, enfin.
Deux ans avant les peines étaient de plus courte durée et les traces laissées font plus office de doux espoir que d'autre chose. Comment conclure ce qui n'a ni début ni contenu ? Ma petite existence a prix une tournure démentiellement mémorable du 1er janvier au 6 juin 2008. Le 6 juin. 6 juin 6 juin. Cette petite existence s'est jouée lors un mardi midi, en cours d'anglais spé, toi à ma droite. Un pari. Je les gagne toujours, de toute façon. Mais avec celui là je crois que j'ai gagné un peu plus que prévu.